Syriens en exil, Italie

En Italie, un père syrien auprès de ses anciens paroissiens

A la veille de Noël, le père Jacques Mourad a effectué une tournée d’une semaine pour visiter les familles syriennes qu’il a contribué à faire venir en Italie et développer les bases d’un accueil pérenne.

Ils ont tout organisé pour eux, de l’habit de baptême au menu du dîner. Bouchra regarde le groupe de volontaires investir sa maison avant de partir pour l’église. Ce soir, elle et son mari Bassam vont faire baptiser leur troisième fille, Julia, dans la petite église du village Sarde de Badesi.
Le père Jacques Mourad, membre de la Communauté de Mar Moussa, est venu spécialement pour l’occasion. Syrien, aujourd’hui exilé au Kurdistan irakien et de passage en Italie, il a été le prêtre de paroisse de Bassam et Bouchra. Il concélèbrera la cérémonie. Et même si finalement la messe est dite en Italien, dans le rite latin, sa présence compte. Il représente une parcelle du pays d’origine, un proche à qui l’on va pouvoir se confier.
Cette famille syrienne est arrivée en Italie en avril 2017. Ils sont une demi-douzaine de locaux à s’être proposés pour accueillir le couple et leurs filles. Depuis, ils les ont accompagnés dans toutes leurs démarches, et ce soir ils mettent un point d’honneur à leur confectionner un repas de fête typiquement sarde. Anna Paula, celle qui est devenue la marraine de Julia, partage : « C’est un lourd engagement à tenir, nous ne sommes pas trop de cinq à nous relayer pour les aider, mais c’est notre mission à tous, n’est-ce pas ? Nous voulons leur montrer ce qu’est l’hospitalité sarde ».
Badesi est la première des quatre étapes de la tournée que le Père Mourad réalise auprès de ses anciens paroissiens réfugiés en Italie.
Pendant sept jours, en avion, en train ou en voiture, il va à leur rencontre. A chaque visite, la solidarité des Italiens est palpable. C’est en collaborant avec l’association italienne Sant’Egidio que le Père a pu faire accueillir plus d’une centaine de personnes, chrétiennes comme musulmanes, en presque 2 ans.

260 km au sud, à Iglesias, il en profite pour donner une conférence aux jeunes du lycée scientifique. Au départ simplement curieux, les jeunes finissent par en oublier leur pause déjeuner et enchainent les questions. Le père Mourad a été enlevé par Daesh avant de réussir à s’échapper avec l’aide d’un ami musulman. Cela fascine les jeunes, bien plus que les questions de justice économique entre régions du globe. Une étudiante demande : « Pensez-vous que Dieu était dans le cœur de vos ravisseurs ? ». Le Père Jacques remercie pour cette question et explique : « Dieu n’abandonne jamais personne, il est là. Notre devoir est de comprendre et approfondir cette force d’amour qui est en nous ».

A Trieste, avec le recteur de l’Université, il s’agit de poser les bases d’un programme de bourse d’étude. Ce projet permettrait aux jeunes Syriens d’être de futures forces de reconstruction pour leur pays, mais pas seulement. Le Père Mourad précise : « un visa étudiant permet avant tout à ces jeunes de fuir le service militaire, sans avoir à renoncer à retourner dans leur pays dans un avenir proche, comme l’impliquerait une demande d’asile ».

Chez Joumana et Jihad, la messe est célébrée en petit comité. L’imam de Trieste, Syrien vivant en Italie depuis 26 ans, est venu assister à la célébration avant d’emmener le Père visiter la mosquée. Convaincus de l’importance de l’amitié islamo-chrétienne, les deux hommes savent apprécier ce temps partagé.

Partout, le père Jacques Mourad rencontre et écoute. Il est aussi touché par les exemples de solidarité qu’il peut voir dans chaque ville. L’exil est un déchirement, une solitude à laquelle l’hospitalité tente de répondre.

Sur la route du retour, le Père Jacques partage : « Rester proche de mes paroissiens et amis syriens, au nom de la Communauté de Mar Moussa, est très important pour nous. Nous voulons leur montrer qu’ils ne sont pas abandonnés par leur Eglise d’origine. Nous voulons continuer à leur faire vivre les rites syriaques catholiques auxquels ils sont profondément attachés ». A travers ce témoignage est posée la question du positionnement de l’Eglise latine face aux rites des chrétiens qu’elle accueille.